L’Eden cinéma de Marguerite Duras

51YvfxHlHUL._SY344_BO1,204,203,200_Un bungalow colonial au mobilier banal, très usé, très pauvre. Autour, la plaine de Kam, dans le Haut-Cambodge. Cinq personnages. La mère s’assied sur un siège bas, les autres se groupent autour d’elle. Ils parlent de la mère. De son passé. De sa vie. De l’amour par elle provoqué. La mère restera immobile, lointaine, comme séparée de sa propre histoire. Tout ce qui pourrait être dit ici l’est directement par ses enfants Joseph et Suzanne, par le Caporal et Mr Jo qui l’ont aimée. La mère – objet du récit – n’aura jamais la parole sur elle-même, ni sur sa vie d’enseignante en Indochine, de pianiste à l’Eden Cinéma au temps du cinéma muet, ni sur son existence ingrate, ardue, d’après l’Eden Cinéma. «Elle était dure, la mère. Terrible. Invivable. Pleine d’amour. Mère de tous. Mère de tout. Criante. Hurlante. Dure…»

Ne m’étant mise au théâtre que depuis une petite année, je n’ai pas encore mis le nez dans des pièces un peu plus modernes que celles de Molière, Shakespeare… Ce livre est donc une découverte, car j’ai jusqu’à peu été habituée aux pièces divisées de manière classique (actes et scènes). J’ai aussi enfin pu découvrir l’incontournable Marguerite Duras avec ce livre, ce qui me faisait très peur car en vue des avis sur ses différents ouvrages, « ça passe ou ça casse ».

J’ai trouvé cette pièce particulière mais aussi très agréable à lire. La plume de Marguerite Duras me plait plutôt bien, c’est vraiment un livre qui est passé tout seul et que j’ai lu très très rapidement. L’intrigue est très simple, on pourrait même dire basique. C’est quelque chose qui peut faire peur au début, et je vous avoue que ça a été mon cas. Découvrir une auteure avec une histoire qui semble un peu plate n’est pas l’une des meilleures conditions. Et pourtant, j’ai beaucoup aimé L’Eden cinéma.

Je n’ai pas tant que ça été marquée par l’intrigue, qui retrace juste la vie d’une famille en Indochine qui essaie de s’en sortir comme elle peut. Ce que je retiens surtout est le rythme de la pièce. C’est quelque chose de très lent mais pas dans le mauvais sens du terme. C’est comme si on s’allongeait dans l’eau et que l’on se laissait porter par les vagues; c’est quelque chose de lascif. Ça a, pour moi, donné tout son charme à la pièce. Ce rythme singulier se fait grâce à la didascalie « un temps » qui ponctue énormément le récit et donne ce côté lascif. Même si j’ai fini le livre plutôt rapidement, le rythme que je donnais correspondait à celui que donnent les didascalies. Celles-ci permettent aussi un jeu de scène très riche et varié, et donnent au lecteur beaucoup d’indications qui rendent la lecture plus divertissante. Marguerite Duras a voulut, il me semble, avoir quelque chose de très précis dans la mise en scène. Cependant, en même temps, il y a une certaine liberté qui m’a fait travailler un peu plus encore mon imagination et sans m’en rendre compte, je me suis laissée embarquer avec les personnages.

Je ne me suis pas encore dit que j’allais impérativement me replonger dans un autre livre de l’auteure. Toutefois, j’avoue que je garde Marguerite Duras dans un coin de ma tête et je lui laisserai probablement une autre petite place dans ma PAL.

Edition : Folio – Collection : / – Prix : 6€40 – Pages : 157

Note : 14/20

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